L’open source et le libre ont gagné et personne ne le sait ?

Il y a un an, lorsque nous avons commencé à organiser la programmation du Paris Open Source Summit 2016, nous avons adopté par jeu la phrase “L’open source a gagné, mais personne ne le sait !”. C’était une sorte de mentra trollesque qui mettait bien en évidence la force et la puissance de l’open source d’un coté et par ailleurs le coté un peu secret, initié, caché de la techno qui n’atteint pas toujours le grand public.  Alors que l’année se déroulait, cette phrase s’est inscrite dans les esprits et elle devenue une sorte de référence entre nous.  Puis, nous avons été face au mouvement puissant, complexe, innovant, foisonnant et riche des contributeurs qui venaient l’un après l’autre amener leur brique au projet. Et c’est ainsi que l’édition 2016 du Paris Open Source Summit est devenue une réussite et un grand moment de bonheur partagé.  

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L’open source a gagné… La formulation peut paraître exagérée, mais en observant les technologies utilisées dans les réseaux, les serveurs, la sécurité, les internets, le stockage et le traitement des données, il convient de constater l’importance des OS, solutions, applications et logiciels qui tournent sous licences libres. On peut citer : Linux, C++, PHP, Java, Python, Android, WordPress, Mozilla, Libre Office, VLC,  Apache.  Pour être clair, une bonne partie des technologies numériques fonctionnent sur une base de logiciels libres et ouverts.  Et ceci atteste la capacité du libre et open source à produire de la ligne de code de qualité, des produits stables et fiables, adaptés, sécurisés, conçus et réalisés par des communautés larges et puissantes.  L’évidence du mouvement open source est effectivement de produire  une techno opérationnelle, fiable et interopérable.

Mais les modèles ouverts de l’open source ne se limitent pas à la seule partie technique. Ils apportent également des propositions pour la participation de tous aux activités et organisations humaines.  Dans un monde qui cherche plus de cohérence, les valeurs de l’open source n’ont plus à être démontrées : la responsabilisation, la reconnaissance, le partage, la contribution, l’ouverture, la transparence, la collaboration, etc… Ces valeurs sont intrinsèquement liées au développement de l’open source et constituent le ciment qui réunit la communauté des développeurs et des entrepreneurs.  Elles ont prouvé leur capacité à créer un espace collectif rationnel et opérationnel pour le travail, la création, la production, la collaboration.  La pratique sociale ainsi réalisée devient peu à peu loi commune et produit de la confiance, élément essentiel pour la participation de tous dans la création d’un bien commun.

Par delà les solutions techniques et les valeurs, le libre et l’open source proposent des formats, des process, des modèles de fonctionnement performants et innovants.  Au fil du temps, le monde des développeurs à créé des pratiques d’organisation collective sur lesquels les écosystèmes sont venu piocher. Je citerai volontiers les barcamps les hackathons, les coworkings, les workshops de partage de savoir et de connaissance, la formation en peer to peer, les fablabs, la méthode agile, les différentes méthodes de travail collaboratives, les forums, les principes de l’open innovation, etc… L’ensemble de ces modèles organisationnels se fondent sur les fonctionnements des communautés open source : horizontalité,  reconnaissance des contributeurs, partage d’expérience, etc.. Ces modèles ont été sanctionnés par la réussite de très nombreux programmes scientifiques ou techniques, entrepreneuriaux, sociaux ou sociétaux, voir gouvernementaux, que ce soit dans les communautés,  les écosystèmes thématiques ou les filières métier. Aujourd’hui, en dehors de quelques rares nostalgiques, il ne viendrait à l’idée de personne de recommander le travail en silo, la fermeture, la verticalité, l’absence d’écoute et de prise en compte des acteurs, la prédation des idées. Ces modes de fonctionnement font aujourd’hui partie d’une mouvance générale, d’une tendance initiées par les communautés de geeks open source et fondent une philosophie, quasiment un mode de vivre parfaitement identifié et adopté par les nouvelles générations. Il serait dommage de ne pas les prendre en compte et profiter ainsi du formidable mouvement qui en découle.

On peut ainsi constater l’éventail de solutions utiles et performantes, apportées par  l’open source dans les domaines des techniques, des valeurs et des formats, pour l’ensemble des organisations  multi-partenaires, hétérodoxes, pluri-disciplinaires et/ou hybrides.  

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Fort de ces observations et réflexions, nous avons pu constater lors de la réalisation du Paris Open Source Summit 2016, qui s’est tenu les 16 et 17 novembre, l’incroyable dynamisme de la communauté et des multiples écosystèmes. Par exemple, lors de la plénière “Society” de très nombreuses thématiques ou filières métiers ont témoigné de leur dynamisme : la mobilité et les transports, la santé, l’agriculture, les objets connectés, les robots, le droit, les outils de la démocratie, le financement, les données personnelles, l’intelligence artificielle, etc…  

Oui, le libre et l’open source ont effectivement gagné. Ils sont devenus incontournables dans les domaines de la technologie, du numérique, de l’innovation, et au sein de très nombreuses activités ou filières, communautés et écosystèmes. Fort de ce constat et de cette reconnaissance, il convient alors d’accentuer l’effort, augmenter la diffusion, persévérer dans la connaissance pour diffuser au mieux les techniques, les valeurs et les modèles d’organisation dont l’époque a le plus besoin.

paul-richardet
Paul Richardet – Paris.11.2016 😉

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