Les territoires : de véritables moteurs pour la filière du Libre et de l’Open Source

elineau

 Jean-Christophe Elineau, directeur du Pôle Aquinetic et co-président de l’Open Source Summit 2016, nous livre sa lecture du rôle que jouent les régions dans le développement de l’écosystème du Libre et de l’Open Source. Son explication est illustrée par un premier focus sur la région Nouvelle-Aquitaine, qui sera suivi d’une série d’analyses sur d’autres territoires dans les semaines à venir.

L’édition 2016 de l’Open Source Summit accordera une place centrale aux territoires, et en particulier aux régions, partant du constat que l’Open Source tire largement profit de la décentralisation. La vitalité et la compétitivité du secteur est en effet indéniablement liée aux acteurs, entreprises et solutions qui portent la filière dans nos régions.

Depuis quelques années déjà, plusieurs études placent notre pays parmi les plus avancés en terme d’activités1 sur l’open source. Nous pouvons par exemple ici citer l’étude Red Hat2.

Les facteurs pouvant expliquer ce succès sont les suivants :

  • Une filière en forte progression économique :

Lors de la précédente édition du Paris Open Source Summit en 2015, une enquête sur un panel de plus de 100 entreprises, TPE, PME,ETI et grands groupes, membres du C.N.L.L. et du Syntec Numérique a permis d’évaluer l’impact du logiciel libre en France, son écosystème et ses enjeux en termes d’emplois.

Ce qu’il faut retenir de cette étude :

    • L’open source progresse fortement et rapidement : Le revenu global généré par le Libre et l’open source en France représente 4,1 milliards d’euros en 2015 (+33% par rapport à 2012). Le marché du logiciel libre devrait augmenter d’environ 9% par an, pour tendre vers un chiffre d’affaire de 6 milliards en 2020.
    • L’open source est un vecteur d’emploi très fort : L’open source représente à ce jour environ 50 000 emplois en France dans le secteur du logiciel et des services avec une prévision d’augmentation annuelle de 3 à 4 000 créations de postes nets d’ici 2020.
  • Une filière structurée sur l’ensemble du territoire :

Créé le 18 février 2010, le Conseil National du Logiciel Libre3 (C.N.L.L.) est l’instance représentative, au niveau national, des associations et groupements d’entreprises du logiciel libre en France. Il accueille également les associations promouvant le développement économique par le logiciel libre telles qu’Aquinetic.

Le C.N.L .L. représente 12 associations et groupements, et par leur intermédiaire plus de 500 entreprises françaises spécialisées ou avec une activité significative dans le logiciel libre.

  • Des régions fortement impliquées dans le développement de l’écosystème :

Partons maintenant à la découverte des associations professionnelles régionales qui portent notre filière en régions.

    • Alliance Libre est le pôle d’expertise en logiciels libres sur la région nantaise jusque Laval ou Rennes dans le développement et la promotion du logiciel libre professionnel.
    • CapLibre est une association qui regroupe des sociétés de service informatiques spécialisées en Logiciels Libres et Open-Source. Basée à Rennes, elle fédère des entreprises d’Île et Vilaine et des départements alentours.
    • Medinsoft (Libertis) est un des principaux réseaux de promotion de l’industrie numérique sur le territoire de la Métropole d’Aix-Marseille.
    • PLOSS a pour but de créer une synergie autour des acteurs du Libre en Ile de France.
    • PLOSS Auvergne Rhône-Alpes réunit les Entreprises du Numérique Libre (E.N.L.) pour favoriser la ‘coopétition‘, développer, structurer et solidifier un écosystème dynamique.
    • Pôle Nord (Pôle de l’Open Source et des Logiciels libres des Entreprises du Nord-Pas-de-Calais) a pour objet la promotion et le développement des acteurs de la filière en ex région Nord-Pas-de-Calais.
    • Solibre fédère les acteurs professionnels de l’Open Source en Occitanie.
    • Telecom Valley anime depuis 25 ans l’écosystème Azuréen du Numérique.

Il est pour moi difficile de ne pas commencer ce Tour de France des régions en faisant un focus sur la Nouvelle-Aquitaine et notamment sur l’ex-région Aquitaine, région pionnière du logiciel libre.

L’Aquitaine a été une région pionnière dans le secteur des logiciels libres. Cette situation tient à de multiples facteurs.

Historiquement, on peut citer la sensibilisation précoce des universitaires aquitains au partage de logiciels, l’université de Bordeaux ayant été le premier site universitaire français connecté à Internet. Cette sensibilisation a permis la formation de générations d’étudiants aux logiciels libres, ceux-ci étant utilisés pour l’enseignement dès la fin des années 1980.

Ces usagers, ainsi que ceux qui se sont formés par eux-mêmes au sein des entreprises, ont permis la création d’un tissu associatif riche et dynamique, donnant lieu à la création de nombreux groupes d’utilisateurs de logiciels libres (LUGs) maillant l’ensemble du territoire.

Cet écosystème en création a permis la sensibilisation précoce des pouvoirs publics, et en particulier du Conseil régional d’Aquitaine à l’époque. Celui-ci a pu ainsi soutenir plusieurs actions majeures, telles que la création des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (R.M.L.L.), en juillet 2000.

Les premières créations d’entreprises spécialisées furent aussi précoces, ce qui donna lieu à la création du premier regroupement régional d’entreprises du libre dès 2003 : ProLibre.

La création d’Aquinetic4, pôle d’innovation en technologies libres et open source est également une spécificité régionale. Avec le pôle de compétences Aquinetic et ProLibre, la Nouvelle-Aquitaine est la seule région avec l’Île-de-France et la région P.A.C.A. à compter deux membres au sein du C.N.L.L.

L’ex Conseil régional d’Aquitaine (avant la fusion des régions Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin) a, de façon constante, témoigné son soutien aux actions en faveur du logiciel libre, dans une perspective de développement économique et scientifique.

La prise en compte du logiciel libre au sein des politiques numériques impulsées par la région est matérialisée par l’existence d’un chargé de mission « logiciel libre » en charge notamment du suivi des dossiers au sein du dispositif de financement « Aquitaine Proto », qui a permis l’émergence de projets innovants à base de technologies libres.

À l’heure actuelle, le tissu économique du logiciel libre en Nouvelle-Aquitaine est essentiellement constitué de TPE et de PME, dans une filière en émergence. Le territoire aquitain a la particularité d’être le terreau d’éditeurs de logiciels libres reconnus au niveau national : Shinken Solutions5, Mapotempo6, Ekylibre7, etc.

Les territoires s’engagent aussi fortement pour soutenir le développement de l’open source localement. C’est notamment le cas de “Mont de Marsan Agglomération8” qui soutient le développement de cet écosystème depuis 2012.

Dans un prochain article concernant nos régions, nous partirons à la découverte de l’écosystème en Pays de Loire au travers d’Alliance Libre.

1« L’activité open-source d’un pays se définit par des critères gouvernementaux (politiques de préférence aux logiciels libres dans l’administration, usage de logiciels libres…), industriels (nombre de développeurs actifs, proportion de logiciels libres installés dans les entreprises, nombre d’éditeurs de solutions open-source…), et communautaires (nombre d’utilisateurs grand public, de participants aux Wiki, de formations à l’open-source, de couverture dans les médias,…).»

2 La France championne du monde de l’open-source ? – Numerama – Guillaume Champeau